Le village historique de Val-Jalbert est un ancien village industriel créé en 1901 autour d’une usine de production de pâte de bois et déserté durant les années 1930. Le site comprend un ensemble de 94 bâtiments, dont une usine de pâte à papier, des édifices institutionnels et commerciaux, des habitations, des installations touristiques ainsi que de nombreux vestiges. Le village historique de Val-Jalbert est situé au sud-ouest du lac Saint-Jean, dans la municipalité de Chambord, à l’extérieur du noyau villageois.
Ce bien est classé site patrimonial. La protection s’applique à l’extérieur des bâtiments, aux vestiges, aux structures et au terrain de près de deux kilomètres carrés qui suit l’axe nord-sud de la rivière Ouiatchouan, depuis la chute Maligne jusqu’à son embouchure. Un site archéologique est associé au lieu.
Le village historique de Val-Jalbert présente un intérêt patrimonial pour sa valeur historique. La Compagnie de pulpe Ouiatchouan est créée en 1901 par l’homme d’affaires Damase Jalbert (1842-1904) pour répondre aux besoins croissants des marchés britanniques et américains pour le papier journal. Devenue propriété de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi en 1909, sous la direction de Julien-Édouard-Alfred Dubuc (1871-1947), l’entreprise est l’une des rares industries de pâte à papier financée par des Canadiens français dans la province. Val-Jalbert constitue donc un lieu important pour l’histoire de ce type d’industrie et témoigne d’une époque pendant laquelle des Canadiens français tentent de se tailler une place dans l’économie québécoise et mondiale.
Le village historique de Val-Jalbert présente aussi un intérêt patrimonial pour sa valeur urbanistique. Les villes de compagnie sont composées de bâtiments et d’infrastructures qui appartiennent aux entreprises qui les ont créées. Val-Jalbert comprend deux secteurs, la haute et la basse ville, le premier étant résidentiel et le second, industriel, commercial et institutionnel. Les premières maisons sont construites dès 1902, mais le village se développe véritablement à partir de 1904, selon un plan d’urbanisme établi par le nouveau propriétaire, la Ouiatchouan Falls Paper Company, une société américaine. Les quatre modèles d’habitations ouvrières conçus par cette compagnie sont cependant réalisés par la Compagnie de pulpe de Chicoutimi, qui lui succède en 1909. Ces deux entreprises fournissent également des services publics au village, comme un réseau d’égouts, d’aqueduc, d’électricité et de téléphone. L’artère principale est macadamisée et plantée d’arbres, les rues bordées de trottoirs de bois et éclairées. Val-Jalbert reflète toujours le caractère particulier qu’il avait dans les années 1920, soit celui d’une enclave moderne en milieu rural.
Le village historique de Val-Jalbert présente également un intérêt patrimonial pour sa valeur paysagère. Au tournant du XXe siècle, les industries de pâte de bois mécanique s’installent à proximité de cours d’eau capables de fournir l’énergie hydraulique nécessaire au fonctionnement de la machinerie. Val-Jalbert est implanté au coeur d’un site naturel exceptionnel comprenant, entre autres, la rivière Ouiatchouan et ses chutes hautes de près de 72 mètres. De plus, le secteur forestier ceinturant la rivière constitue une immense réserve de matière première. L’emplacement du village a donc été choisi de manière à profiter au maximum des avantages de la rivière et constitue un témoignage éloquent des pratiques de l’industrie de la pâte à papier à cette époque.
Le village historique présente en outre un intérêt patrimonial pour sa valeur technologique. En raison de la brièveté de son occupation, le site a subi peu de transformations, ce qui permet de lire son organisation spatiale initiale tout en retrouvant des exemples des divers bâtiments. L’usine et les équipements uniques qu’il contient, notamment une bouilloire, des turbines, un défibreur et des presses hydrauliques, permettent également de reconstituer le procédé de production de la pâte mécanique utilisé dans les années 1920. Pris en charge par l’Office du tourisme dès 1960, puis par la MRC Le Domaine-du-Roy, le village fait l’objet d’une mise en valeur depuis plus de 50 ans et permet une meilleure compréhension des agglomérations industrielles du tournant du XXe siècle.